Tobias Logan, chargé de mission à la Ville de Roubaix – Interview exclusive

juin 2026

« À Roubaix, on a toujours besoin d’idées qui ouvrent le champ des possibles »

Entretien avec Tobias Logan, chargé de mission à la Ville de Roubaix, référent pour HABITER2030 dans le cadre du projet Interrreg Circular Trust  Building (CTB) et d’une convention signée pour 2 ans autour des Méta Plateau Projets (MPP) d’automne et de printemps.

Pourriez-vous vous présenter et nous expliquer votre rôle dans l’univers de l’architecture ?

Je suis géographe urbaniste de formation. Je viens des États-Unis et je vis en France depuis une dizaine d’années. À l’origine, je suis arrivé comme enseignant d’anglais, puis je me suis orienté vers l’urbanisme en intégrant l’Institut d’urbanisme de Grenoble. J’ai ensuite réalisé une alternance à Roubaix, à la direction des grands projets urbains, avant d’y poursuivre mon parcours professionnel jusqu’à m’impliquer aujourd’hui aux côtés de HABITER2030 dans le cadre du projet européen CTB.

Aujourd’hui, je suis chargé de mission autour de l’amélioration de l’habitat ancien et des grands projets urbains. Concrètement, notre équipe pilote des dispositifs destinés à améliorer l’état du parc privé ancien dégradé. À Roubaix, c’est un sujet immense : l’habitat vacant ou dégradé est très présent et les enjeux dépassent largement la question du bâti. On parle aussi de cadre de vie, de commerces, de problématiques sociales et économiques.

Mais la ville possède également un patrimoine architectural exceptionnel. Il y a une vraie beauté dans ces quartiers, une identité forte. C’est aussi ce qui rend ce travail passionnant.

« Roubaix est une ville qui cumule les difficultés, mais aussi énormément de potentiel. C’est ce contraste qui rend les projets urbains aussi stimulants. »

Comment avez-vous découvert HABITER2030 et quelle a été votre première impression ?

J’ai découvert HABITER2030 au moment de ma prise de poste, début 2023. J’étais alors dans une phase de découverte des acteurs locaux liés à l’habitat, à l’architecture et à l’urbanisme. En suivant leurs publications sur LinkedIn et leurs articles, je suis tombé sur l’histoire de l’association, notamment son lien avec Solar Decathlon Europe jusqu’à aujourd’hui avec les projets européens comme le CTB ou Upcycling Trust (UT).

Je me suis inscrit à leur newsletter et j’ai commencé à suivre leurs actualités. Puis j’ai assisté au lancement du Méta Plateau Projet #4, ouvert au public.

Ce qui m’a frappé immédiatement, c’était l’ambiance : à la fois très sérieuse sur le fond et assez libre dans la forme. On retrouvait l’énergie d’un atelier universitaire, mais avec des partenaires professionnels engagés et des problématiques très concrètes. Les sites étudiés dans le cadre des Méta Plateau Projets étaient complexes, les réflexions solides, mais l’atmosphère restait très accessible et stimulante.

Cette première expérience m’a donné envie d’aller plus loin dans la collaboration.

Qu’est-ce qui vous a incité à collaborer avec HABITER2030 ?

Plusieurs choses.

D’abord, il y a ce côté très ouvert et bienveillant dans les échanges avec les étudiants et les équipes pédagogiques. Ensuite, derrière cette ambiance assez « bon enfant », il y a aussi une vraie exigence professionnelle.

Mais surtout, les thématiques portées par HABITER2030 et les projets européens comme le projet Interreg CTB, résonnent directement avec nos préoccupations à Roubaix : habitat ancien dégradé, transition écologique, performance énergétique, mais aussi réalisme opérationnel. Les projets ne restent pas au stade du concept théorique ; ils interrogent leur faisabilité et leur impact concret.

J’apprécie également la dimension européenne de l’association. Le croisement des regards et des pratiques apporte beaucoup de richesse dans les réflexions.

Pouvez-vous évoquer le Méta Plateau Projet et les bénéfices que vous tirez de ce partenariat avec HABITER2030 ?

Le Méta Plateau Projet apporte une respiration extrêmement utile pour les collectivités.

Quand on travaille au quotidien sur des projets urbains, on finit parfois par être « la tête dans le guidon ». On connaît tellement bien les contraintes financières, réglementaires, politiques ou techniques – qu’on peut avoir tendance à aller vers des solutions dont on sait déjà qu’elles sont conformes aux dispositifs opérationnels à notre disposition.

Le regard universitaire apporte autre chose : une capacité à explorer, à tester, à imaginer sans être immédiatement limité par les freins opérationnels.

« Les étudiants arrivent avec un regard plus frais, parfois plus idéaliste, et c’est précieux. Ils nous obligent à rouvrir des pistes qu’on avait parfois écartées trop vite. »

À Roubaix, nous faisons face à des besoins énormes de renouvellement urbain. Pourtant, les grands dispositifs comme le NPRU ne peuvent pas couvrir l’ensemble des quartiers concernés. Beaucoup de sites restent hors radar faute de moyens suffisants.

Le format du MPP est particulièrement intéressant parce qu’il permet de travailler à une échelle plus légère et plus agile. Il aide à préfigurer des réflexions, à tester des idées, à identifier des potentiels avant même de lancer des projets plus lourds.

Sur certains secteurs, comme les courées ou les cités ouvrières, les propositions étudiantes ouvrent aussi des perspectives nouvelles. Même lorsqu’elles ne transforment pas complètement les projets, elles enrichissent les discussions et nourrissent les arbitrages.

Il y a également un enjeu fort de réplicabilité. À Roubaix, beaucoup de situations urbaines se ressemblent : mêmes typologies de cités, mêmes problématiques de dégradation. L’idée est donc de capitaliser sur ces réflexions pour imaginer des solutions reproductibles sur d’autres sites.

Qu’attendez-vous désormais de cette collaboration ?

Nous avons aujourd’hui une vision de collaboration sur plusieurs années avec HABITER2030 dans le cadre de différents MPP (au sein du projet européen Circular Trust Building). Un nouveau projet pourrait notamment voir le jour autour d’une autre cité, avec une approche différente de celle menée sur la cité Delcroix. Là où certains projets précédents étaient davantage orientés vers des logiques de démolition ou de transformation, nous souhaitons désormais travailler plus en amont sur des perspectives de réhabilitation et de recyclage du bâti existant.

L’objectif est aussi d’aller vers des propositions encore plus applicables et alignées avec les réalités du territoire.

Nous évoquons également la possibilité de produire, à terme, un livrable de synthèse retraçant l’ensemble des expérimentations menées : une manière de capitaliser sur les enseignements des différents projets et de partager cette expérience plus largement.

Enfin, suivre les réflexions autour des Community Land Trust et des démarches que l’association développe dans le cadre de projet INTERREG Upcycling Trust m’intéresse particulièrement, notamment pour leur potentiel qui vise à mieux sécuriser les investissements publics et à développer des modèles plus durables.

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